Il y a mille cinq cents ans, le fléau d’Arkhen le maudit est tombé de la Lune. L’air s’est mué en feu, la Terre s’est ébrouée comme une bête blessée. En quelques heures, les cités de verre et d’acier de nos ancêtres se sont effondrées. Pendant mille ans, le froid et les ténèbres ont recouvert ce monde. Seuls ont survécu ceux qui avaient pu se réfugier dans les bastions souterrains. Après que les nuées se sont écartées, les hommes, entre archaïsme et modernité, se réapproprient une planète sauvage, impitoyable, qui ne les attend plus. En Avarnia, les champions des clans, revêtus d’armures cybernétiques de six mètres de haut, se battent avec des épées médiévales. Mais là-haut, dans les profondeurs de l’astre blessé, le mal, le haut mal, a survécu, a traversé le vide et s’apprête à dévorer Thair et tous ses peuples. Contre lui, il n’est qu’un remède, une arme, mais pour l’obtenir, Faïria, dernière châtelaine du clan assassiné d’Orguenoire, es-tu prête à en payer le prix ?
THAIR : la geste d’un monde futur.
Leha Éditions – 380 pages – 19 euros.
Un premier tome époustouflant de créativité, doté d’un univers à la hauteur des plus grandes sagas !
Je tiens à remercier les éditions Leha pour l’envoi de ce roman. Avec ce titre, j’inaugure ma première chronique en partenariat avec cet éditeur. Et là, je dois dire que cela commence fort, très fort. Je ne connaissais pas cet auteur, malgré toutes ses publications dans l’univers de l’imaginaire, voilà que ce problème de taille est rétabli. Je me demande même comment j’ai pu passer à côté. Mais cette question, je peux me la poser plusieurs fois au cours de l’année. C’est aussi une question qui en appelle à une autre : est-ce une lecture coup de cœur ?
C’est sûr, la couverture de ce roman attire le regard, tout autant que les réflexions à son égard. Cette femme et ces sortes de monstres sont énigmatiques, d’autant plus qu’il est rare de retrouver des dessins plutôt fantaisistes en couverture d’un roman qui se veut post-apocalyptique, mais pas que ! Difficile de classer cette histoire dans une case, tellement elle se situe à la croisée de plusieurs genres. C’est sûrement en cela qu’elle se distingue de la foule, et c’est sûrement en cela que je l’ai beaucoup appréciée !
Difficile de dire que je n’ai pas aimé cet opus, tellement j’ai été pris dans cette lecture, pris dans les mailles de son filet…
J’avoue. Je n’étais pas fort emballé au départ. Déjà, l’avant-propos de l’auteur évoque d’où il a puisé son inspiration. Et là, le nom de Frank Herbert a été prononcé – ou écrit, c’est vous qui voyez. J’avais eu du mal avec son premier tome, c’est vrai, car le style d’écriture était trop décalé par rapport à mes habitudes. Il m’a aussi fallu m’acclimater au style de Jean-Luc Marcastel, dont le vocabulaire fort développé peut alourdir certains passages, d’autant plus que, dans son histoire, il invente d’autres termes. Fort heureusement, il ne m’a pas fallu longtemps pour m’habituer et rendre ma lecture plus fluide et agréable. Agréable, dîtes-vous ? Ce mot n’est clairement pas assez puissant pour définir cette intrigue de haut vol. Déjà, l’auteur emploie un procédé que j’adore. La double intrigue croisée. Deux histoires, qui n’ont franchement pas grand chose à voir au départ, mais qui, peu à peu, tendent vers des similitudes.
Faïra est une jeune adolescente, qui fuit les combats qui ont explosé en une vague de violence subite dans sa ville. Elle le sait, car même les armaborgs sont de sortie, ces robots capables de bien des prouesses quand il s’agit de passer à l’attaque. Mais ils ne sortent jamais, sauf en cas de conflit majeur. Là, tel était le cas. La situation ne s’annonçait guère plaisante. Dans le même temps, Yaïn, un jeune harponneur, travaillait à bord d’un craséchier, arpentant les fleuves pour y prélever de quoi nourrir sa famille et celle du vieux qui l’avait reccueilli, le faisant ainsi sortir un tant soit peu de la misère. Dès que le navire approche du ponton, Yaïn en est quitte pour se sauver sur la terre ferme, dans l’espoir de retrouver sa belle au plus vite. Sauf que sa belle ne ressemble pas aux autres humaines. Elle et lui n’incarnent pas les mêmes espèces.
Rien à voir, je vous disais. Vous verrez, lorsque vous lirez ce livre, il y a beaucoup de subtilité dans les premiers chapitres. Une fois pris dans ces deux histoires, impossible d’en réchapper. Le piège s’est refermé sur moi sans pouvoir m’en soustraire. D’ailleurs, je ne le voulais pas. J’y étais plutôt bien, dans mon piège. J’ai été surpris par cet univers, vraiment bien ficelé, où nombres d’idées apparaissent à chaque page. Ce monde est d’une richesse incroyable. Il est un croisement fabuleux de science-fiction, de médiéval-fantastique, mais surtout de post-apocalyptique. Je lis beaucoup de romans qui traitent de ce dernier genre en ce moment, mais je dois avouer que celui-ci tire son épingle du jeu.
Il y a des cités, enclavées, coupées des autres par la force des choses, par une nuit qui a duré des siècles, avant que l’aube ne se décide à frapper de nouveau la surface de la Terre de ses rayons bourrés d’espoir. Il y a ces peuples, qui ne sont pas égaux face aux technologies des anciens hommes. Certains ont tenté de conserver leurs connaissances au même niveau qu’avant la catastrophe, alors que d’autres sont presque repartis dans un monde médiéval. Il y a cet ennemi, qui les menace tous, et contre lequel se battre demandera des ressources technologiques immenses. D’ailleurs, quelques scènes sont glauques, mais cela apporte de l’intensité et un suspense croissant. La peur s’insinue partout.
Dans ce roman, la technologie se mêle habilement à des prophéties, à des préceptes, tellement le temps s’est écoulé entre les générations, qui ne connaissent presque plus rien des temps anciens. Tout leur paraît presque magique, irréel.
Les personnages sont géniaux, il n’y a pas d’autres termes possibles. Les deux personnages principaux, cités plus haut, combattent avec un acharnement non négligeable pour se sortir de situations désastreuses. Ceux qui croisent leur chemin sont tout aussi fantastiques, prêts à aider leur prochain. Bon, dans le cas de Faïra, c’est un peu différent, puisque la situation est fort compliquée ! Il y a cet amour, fort, mais aussi une gêne profonde, qui s’installe, deux émotions bien différentes mais qui peuvent aussi rassembler. Je sais, je vous laisse languir, mais que d’émotions dans ce texte, tout ce ressenti des personnages que l’on peut deviner au travers des mots, avec toute une machinerie d’empathie qui se déroule pour nous emporter.
Dans ce roman, il y a de l’action, partout, des scènes dignes d’un grand film, des interrogations qui s’éveillent et des liens qui se créent avec le monde réel, avec la France. Que dis-je, c’est un auteur français talentueux, en tout cas en ce qui concerne ce premier tome. Le final de cet opus n’est peut-être pas éclatant, mais il permet de poser les bases. De répondre à de nombreuses questions. De se dire, wahou, ce monde est vraiment immense, travaillé et abouti. En tout cas, une chose est certaine, il leur reste, à ces personnages, tellement de choses à accomplir pour parvenir à un dénouement correct, pour que le règne humain puisse survivre.
Ce premier tome est une pépite.
Ma note : 5/5